








Les Italiens des bords de Marne et de l’est parisien (XIX° - XX°siècles) 23 septembre 2006 5° Colloque historique des bords de Marne

Histoire et mémoire jouent un rôle également singulier dans l’aventure de la colonie italienne de Nogent-sur-Marne, dont la présence visible, a pendant un siècle, marqué la vie de la commune . Dès les lendemains de la guerre de 1870 , une chaîne migratoire a uni le Val Nure (dans l’Apennin piacentais) et cette partie de la région parisienne, Nogent en devenant peu à peu, pour les Italiens, la capitale, pôle d’emploi du bâtiment et centre d’une riche vie communautaire. Essentielle dans la construction de la commune comme dans son histoire culturelle, la colonie s’est élargie et diversifiée, avant de s’effacer au cours des années 1970. Vint alors le temps de la mémoire, dont la vitalité n’est pas une des moindres singularités locales, ne serait-ce qu’à travers les Ritals, livre célèbre d’un enfant de Nogent, qui devint un peu le manifeste de tous les Italo-français.
Marie-Claude Blanc-Chaléard. Université de Paris I
Les immigrés italiens affluent à Nogent à partir de la fin du XIXe siècle. 70 % d’entre eux travaillent dans le bâtiment et les travaux publics. D’abord tâcherons, ils se spécialisent peu à peu dans l’un ou l’autre des corps de métiers nécessaires à la construction. Beaucoup restent des hommes de peine, mais quelques uns, sachant mettre à profit une opportunité et à force de travail créent des entreprises prospères. Nombre de maisons, d’immeubles ou d’équipements publics sont à mettre à leur actif à Nogent et dans les environs. De l’auto-construction à la collaboration fructueuse avec un architecte ou du plus modeste pavillon à la résidence luxueuse, leurs édifices révèlent toutes les facettes de leurs savoir-faire.
Isabelle Duhau. Inventaire général. DRAC Ile-de-France.
Il s’agira de montrer comment les différentes cultures politiques françaises jugent le risorgimento, c’est-à-dire le mouvement politique et culturel amenant à l’unité de la péninsule. Le but est de souligner que la vision française est déformante et répond surtout à des objectifs de politique interne. Parler de Cavour sous le Second Empire, notamment au moment de sa mort qui intervient le 6 juin 1861, revient soit à défendre les principes du libéralisme politique soit à critiquer la politique intérieure et extérieure du régime de Napoléon III. Lorsque le régime politique français se stabilise sur les principes du libéralisme modéré dans les années 1870 l’évocation de Cavour en France ne répond plus à aucune utilité pratique, et c’est un autre acteur du Risorgimento, Garibaldi, qui finit par incarner à lui tout seul en France le mouvement d’indépendance italienne. Cavour est dès lors pratiquement oublié, alors que Garibaldi ne cessera d’être célébré, par la plume, par l’érection de rues ou par le fait de baptiser des rues à son nom. Ce faisant, le cliché de l’Italien impulsif, passionné, généreux se trouve confirmé, alors qu’en ne parlant plus de Cavour, on nie à l’Italie la réalité de l’existence d’une réelle classe politique et son statut de puissance européenne avec laquelle il faut compter.
Angelo Morabito. Université Paris XII
“La vie est coupée en deux. Plutôt, il y a deux vies, qui ne se mélangent pas : la vie à l’école, la vie dans la rue Sainte-Anne”. Avec ces mots François Cavanna décrit sa vie dans la rue Sainte-Anne, la rue de Nogent où vivent les immigrés italiens. De mère française et de père italien, il vit au sein de la communauté italienne au coeur de la France. Les deux vies dont Cavanna parle sont très différentes, cependant elles sont liées l’une à l’autre, parce qu’elle font toutes les deux partie de lui. La vie “italienne” est liée à son père, immigré italien, et à la communauté placentine installée dans rue Sainte-Anne. Ce groupe dans les années Trente est désormais stabilisé à Nogent, toutefois il a des liens très forts avec le pays d’origine. Les Italiens s’intégrent à la société Nogentaise : grâce au travail, aux habitudes quotidiennes, à la stabilité du groupe, ainsi qu’à la population de Nogent qui sait les accueillir. L’autre partie de sa vie à laquelle Cavanna se réfère est liée à sa mère, originaire de la Nièvre, et à l’école. Ce monde lui semble presque irréel, trop loin et différent de la vie dans la rue Sainte-Anne. Que sépare les deux vies ? Ce sont les mots. Les mots soutiennent, distinguent et divisent les deux sphères de sa vie : la langue des Ritals d’un côté, le français de l’autre. En écrivant, Cavanna rend visible cette différence : la langue des Ritals est un mélange d’italien, français, dialecte placentin et français populaire. Une langue qui est le miroir d’une identité mélangée des Ritals.
Greta Tommasi. Université de Trieste
Le quartier de La Villette est l’un des espaces parisiens les plus investis par les migrants italiens depuis la décennie 1880. A l’échelle de quelques rues, on voit s’y créer dès la fin du XIXe siècle une « Petite Italie » essentiellement constituée de migrants du centre-sud de l’Italie, qui a perduré jusqu’aux années 1930. Le mouvement général des Parisiens vers la banlieue au cours de l’entre-deux-guerres n’a pas épargné les Italiens de La Villette, dont beaucoup ont pris le chemin de la banlieue nord-est (La Courneuve, Pantin, Aubervilliers…) où ils ont recréé les solidarités déjà présentes en Italie. L’étude de quelques familles de commerçants et d’entrepreneurs permet d’illustrer ce mouvement.
Judith Rainhorn. Université de Valenciennes











